La Maison des livreurs de Nantes : fédérer et prendre soin des travailleurs uberisés

  • Services aux personnes et aux familles

S’inspirant de ce qui est né à Bordeaux puis à Paris, La Maison des livreurs de Nantes est sur le point d’ouvrir un lieu refuge et d’accompagnement pour accueillir et accompagner les coursiers de plateformes numériques de livraison. Après une année à aller à la rencontre des personnes concernées sur les lieux d’attente de livraison, le projet se structure avec son implantation physique et l’embauche de deux salarié·es. Une aventure sociale prometteuse.

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Les Ecossolies

« Quand j’ai découvert la Maison des livreurs de Bordeaux en lisant un article de presse, j’ai été surpris que rien n’existe ici alors que je voyais chaque soir 140 livreurs aux sacs bleus regroupés dans l’attente de la prochaine course en plein centre-ville, à la vue de tous. » explique Léonard Baudry, membre bénévole du collectif fondateur de La Maison des livreurs de Nantes. Alors que la situation de grande précarité et les revenus indignes de ces travailleurs ont été récemment mis en lumière avec les procès contre les plateformes Uber ou Deliveroo ou par le film L’Histoire de Souleymane , comment agir concrètement et localement sur cette réalité ? « Face à ce quasi esclavage moderne, la première réponse instinctive c’est la solidarité. On veut proposer un premier niveau de respiration, un espace d’accueil largement ouvert, idéalement 7 jours sur 7 et le plus chaleureux possible. »

Encore en phase d’expérimentation, la Maison des Livreurs aura prochainement pignon sur rue dans un nouveau lieu mutualisé pour l’ESS dans le centre-ville de Nantes. En attendant, l’association agit depuis un an sur le terrain en proposant des permanences pour les livreurs à vélo et en scooter les jeudis et vendredis après-midi, des maraudes avec des bénévoles pour faire connaître le projet et le partage de conseils juridiques via une application de messagerie.

« On touche aujourd’hui une centaine de personnes. On commence à recroiser des têtes, à créer du lien. Avec le lieu, nous pourrons ancrer et démultiplier nos actions. » Une maison qui répondra d’abord à des besoins de base : charger sa batterie, être à l’abri et au chaud, accéder à des toilettes, boire un café, réparer son vélo. « Dans un second temps, le pari c’est que ce soit un point de ralliement où puissent naître des rencontres, la possibilité de partager ses conditions de travail et pourquoi pas l’envie de s’organiser collectivement et de porter des revendications. Cela va se construire avec les personnes ! »

Si la Maison des livreurs apporte des outils et des solutions très concrètes pour faciliter la vie de celles et ceux qu’on préfère ne pas voir, relégué·es dans les zones d’attente de livraison, la vision portée sur le monde du travail est bien plus large. « La situation exacerbée de ces travailleurs soumis à la maltraitance des algorithmes, sans droits sociaux, parfois mis en danger, parle aussi d’une transformation qui est train de toucher d’autres personnes dont le travail est piloté par des plateformes dopées à l’IA. » C’est ce qu’on appelle « l’atomisation du travail », cette organisation qui s’appuie sur des travailleur·ses dit indépendant·es bien que totalement soumis·es à une plateforme numérique. Cela concerne les transports, la livraison de repas, les coursiers mais aussi la production de plats cuisinés ou d’autres produits. Conséquences : la mise en concurrence des personnes, des conditions de travail déplorables et l’entrave à toute organisation collective. « On sait que les syndicats ne touchent pas ce type de travailleurs, nous sommes là pour proposer une autre entrée, améliorer l’accès aux droits et pourquoi pas demain élargir à d’autres types de métiers. »