Caisse commune de l’alimentation : faire vivre la démocratie alimentaire
- Agriculture, alimentation et circuits courts
Et si l’accès à une alimentation saine et de qualité ne dépendait pas que du porte-monnaie ? C’est à partir de cette grande question qu’a émergée une idée folle il y a une dizaine d’année : créer une sixième branche de la sécurité sociale, dédiée à l’alimentation. Depuis, de nombreuses expérimentations ont émergé en France pour nourrir cet horizon. Ici, ça s’appelle la Caisse commune de l’alimentation. Portée par l’association VRAC depuis près d’un an à Nantes, elle est sur le point de se déployer en Pays de Retz à partir d’octobre 2026.
« J’ai l’habitude de dire que l’alimentation et l’agriculture sont les deux jambes d’un même sujet » raconte Magali Aresu. C’est ce que défend l’association VRAC pour laquelle elle travaille : rendre accessible une alimentation durable et de qualité ne se fera pas la sans mise en place de méthodes de productions agricoles soutenables pour le monde paysan, la planète et notre santé.
Au niveau national, l’association est membre du Collectif pour une Sécurité sociale de l’alimentation qui réunit associations, monde de la recherche et mouvements citoyens. Ensemble, ils sont résolus à construire un nouveau droit commun basé sur les grands principes de la sécurité sociale : l’universalité du service qui doit bénéficier à toutes et tous, un fonctionnement démocratique et un financement basé sur une cotisation sociale.
À Nantes, cela prend la forme depuis l’été 2024 d’une Caisse commune de l’alimentation, co-portée par une douzaine d’organisations qui couvrent toute la filière de l’agriculture et l’alimentation durables, un comité d’habitant·es et la collectivité. En pratique, l’aventure embarque 70 foyers (qui regroupent 170 personnes) habitant le quartier prioritaire de Bellevue – Chantenay – Saint-Anne de la métropole nantaise. « Nous avons élargi le quartier administratif jusqu’à Saint-Herblain Est pour couvrir une plus grande diversité de personnes. »
Chaque foyer « cotise » tous les mois à hauteur de ses moyens et bénéficie d’une enveloppe de 100€ pour la première personne et 50€ par personne supplémentaire du foyer (distribués via Moneko, la monnaie locale de Loire-Atlantique) à dépenser auprès de points de vente conventionnées (producteur·rices dans des marchés, AMAP ou magasins bio de quartier). La cotisation mensuelle va 5 à 150€. Le montant est basé sur le reste à vivre du foyer, c’est-à-dire l’argent disponible chaque mois une fois déduites toutes les charges incompressibles. « Nous avons fait le choix d’avoir un niveau de cotisation accessible, ce qui est permis par le soutien de partenaires financiers comme la métropole ou le CCAS puisque les cotisations couvrent 50% des allocations. C’est une première phase, nous savons que l’expérimentation connaîtra des évolutions sur les niveaux de cotisations, la part des financements publics mais aussi un travail sur l’offre alimentaire au sein du quartier. »
Une nouvelle étape se dessine déjà avec l’ouverture du projet à un autre territoire du département, le Pays de Retz. 55 foyers sont déjà impliqués dans la mise en place d’une caisse commune locale et sur la ligne de départ pour bénéficier du service.
Alors à quand une carte vitale qui nous permette de manger bien ? « On n’y est pas encore puisqu’on ne prélève pas de cotisation sociale. Mais les expérimentations vivent un peu partout en France, dans près de 50 territoires, urbains ou ruraux, avec différentes modalités d’accès au service et de financement » précise Emilie Sarrazin, présidente de VRAC Métropole Nantes, par ailleurs directrice des Ecossolies. Autant de tests grandeur nature mis au pot commun de « l’inter-caisses », un groupement qui permet de documenter, alimenter, affiner le concept et convaincre.
Autant aussi d’espaces démocratiques vivants, pluriels et mixtes. « Ce qui me frappe le plus en menant ce projet c’est de découvrir que la motivation profonde des habitant·es c’est en fait de créer du lien, rencontrer des voisins, connaître les commerçants, s’impliquer dans un projet collectif. » Car ce que charrie la grande aventure d’une sécurité sociale élargie à l’alimentation, c’est bien la construction d’une démocratie alimentaire : reprendre la main collectivement sur ce que l’on mange et comment on le produit, remettre l’alimentation au cœur du lien social et du territoire, lutter contre les inégalités d’accès à une nourriture saine et durable.
Ci-dessous, une vidéo pour comprendre en 2 minutes ce que sont les caisses communes de l’alimentation :