Retour sur la soirée TADA* : un remède à la morosité ambiante
- Services aux personnes et aux familles
- Agriculture, alimentation et circuits courts
- Service aux entreprises
C’était un soir de tempête, dans un moment où, on ne va pas se mentir, « ça ne va pas fort pour l’ESS ». C’est avec ces mots que Timothée Duverger**, invité spécial de notre soirée annuelle TADA !*, a pris la parole, contraint par les conditions météorologiques de basculer son intervention en visio. Malgré ce tableau de départ peu réjouissant, de l’avis général : ce fût un moment particulièrement vivifiant et enthousiasmant. Un temps pour se partager des perspectives pour l’ESS et pour découvrir les innovations sociales qui se déploient autour de nous. On vous livre les bons morceaux de ce temps fort du réseau.
Retrouver l’impulsion collective et renforcer ce qui nous lie
« Vous êtes à Nantes, moi à Bordeaux. On vit un moment particulier où on a l’impression d’être loin de Paris, dans un pays coupé entre un territoire et son centre de décision. » Timothée Duverger a partagé sans concession le contexte actuel particulièrement difficile pour l’ESS (coupes budgétaires, politique d’austérité, montée de l’extrême-droite).
Un moment qu’il perçoit comme une opportunité de se mettre en mouvement. « Les élections municipales vont amener un renouvellement, une nouvelle impulsion, et il est important de défendre l’idée que les territoires ont la capacité à s’organiser, à répondre aux besoins des habitants en s’appuyant sur des dynamiques citoyennes et de l’économie sociale et solidaire ».
Karoll Petit
Démocratiser nos organisations et nos systèmes
« Remettre de la démocratie partout ! » voilà le mot d’ordre adressé à une centaine de personnes venues l’écouter, un parterre de personnes engagées pour le déploiement de l’ESS : dirigeant·es, porteur·ses de projets, partenaires du financement ou de l’accompagnement, technicien·nes de collectivité, citoyen·nes engagé·es. « Nous devons revitaliser l’ESS : moins de ressources, ça veut dire davantage s’ouvrir, coopérer avec les acteurs socio-économiques. La démocratie n’est pas que dans les institutions, elle doit aussi être présente dans l’infrastructure économique et sociale, et ça passe aussi par l’entreprise. »
Président du Comité scientifique du Forum mondial de l’ESS à Bordeaux en 2025, Timothée Duverger s’intéresse de près aux dynamiques qui se jouent à l’échelle européenne. « La perspective d’une démocratie au travail doit se jouer au niveau européen » a-t-il rappelé. « C’est ce que le gouvernement espagnol met au travail en encourageant au sein de l’Union européenne la promotion des modèles co-gestion et une logique de démocratisation de la propriété de l’entreprise, notamment via les modèles coopératifs. »
Karoll Petit
Repenser et mettre en œuvre le changement d’échelle de l’ESS
Dans un contexte d’austérité, peut-on continuer à espérer le changement d’échelle de l’ESS ? « L’ESS peut apporter beaucoup à la transformation de l’économie » selon Timothée Duverger, « cependant, depuis que l’ESS est reconnue par la loi Hamon (2014), nous n’avons toujours pas assisté au changement d’échelle annoncé, faute de soutien public : il faut remettre ce sujet au cœur de la stratégie politique ».
Une notion de changement d’échelle à questionner. On imagine souvent un changement de taille, une injonction à la croissance, parfois un réflexe de fusion-absorption. Si cela peut se justifier dans certains cas, il existe d’autres voies. Timothée Duverger en a partagé quelques-unes : systèmes de fédérations ou de coalition entre acteur.rices, logique de polarisation pour agréger des initiatives d’un territoire (les PTCE en sont une illustration), création de filières pour répondre à des marchés communs et créer des emplois, création d’outils publics au service du développement du territoire (socialisation du foncier, fonds de pension municipal, relocalisation de la dépense publique, nouveaux indicateurs de richesse). Si les inspirations sont nombreuses, « créer de véritables coalitions demande une stratégie et des alliances ».
Karoll Petit
Présentation des projets accélérés : l’illustration d’un territoire qui se transforme
Présenter l’aboutissement de 12 mois de réflexion en 5 minutes : défi relevé pour les 5 structures accompagnées dans le cadre du dispositif accélérateur en 2025 qui étaient à l’honneur de la soirée TADA !* le 12 février dernier. Et l’applaudimètre n’a pas démenti ! Animé·es par une volonté d’augmenter leur impact social et environnemental sur un territoire donné (qu’il soit local, régional ou national), les porteur·ses de projet ont présenté leur stratégie de développement pour les prochaines années.
Depuis sa création, le Syndic Partie Commune s’attèle à ouvrir une nouvelle voie pour le secteur du syndic de copropriété à l’allure vieillissante. Sensibilisation des copropriétaires aux impacts sociaux et environnementaux, limitation du portefeuille de propriétés en gestion pour une meilleure disponibilité et réactivité, accompagnement aux travaux de rénovation énergétique, coopération avec des acteurs ESS (comme La Nef, Moneko ou Enercoop et Energie de Nantes), développement de nouvelles expertises (gestion des déchets, mobilité douce, vivre ensemble…) : le premier syndic de copropriété de l’ESS innove en tous points.
L’objectif sur les prochaines années : développer des portefeuilles à échelle régionale et porter l’ambition d’un développement national, pourquoi pas en formant d’autres syndics, en les aidant à se transformer ou en rachetant des cabinets. Autre défi pour Syndic Partie Commune : la transformation en SCIC, qui répond à deux enjeux. Le premier est de retrouver la confiance dans le secteur : en créant une vie coopérative pour partager les bonnes pratiques entre copropriétés. Le deuxième est de tourner l’activité vers l’intérêt général, un modèle qui permettrait par exemple de répondre aux besoins des petites copropriétés qui ne trouvent pas de syndic ou à des prix très chers car présentant une faible rentabilité.
L’association Manou Partages lutte au quotidien contre l’isolement social subi, un fléau qui touche toutes les générations, qui monte en puissance et qui a des conséquences émotionnelles et physiques lourdes. Au cœur du projet : un lieu « Chez Manou » (espace de vie sociale ouvert aux habitant·es et aux acteurs du quartier du Ranzay à Nantes) et une méthodologie éprouvée (qui s’appuie sur un accompagnement individuel et en collectif et une boîte à outils pour les partenaires).
Forte de son expérience, l’association souhaite transmettre son savoir faire et essaimer ailleurs. Elle a donc lancé le dispositif « Collectifs Engagés Solidaires » : un parcours de transmission pour former de nouveaux collectifs composés d’associations, de professionnel·les de la santé et d’habitant·es volontaires liés par l’envie commune de lutter contre l’isolement dans leur commune. Depuis la création du dispositif, 4 collectifs ont été formés (3 en Loire-Atlantique et 1 dans La Sarthe).
Le REEVE a un rêve : concilier progrès social, limites planétaires et enjeux économiques dans le monde de l’évènementiel. Concrètement, cela signifie embarquer et former tout un secteur avec : des animations pédagogiques, des ateliers et des groupes de travail à destination des lieux et des organisateur.rices d’événements, des modules de formation pour outiller les professionnel·les et les bénévoles, un label qui engage les commanditaires, les organisations et les publics dans l’éco-responsabilité.
Aujourd’hui, l’association opère un pivot stratégique : au-delà de la sensibilisation et de la prise de conscience, elle souhaite influer le marché de l’offre et de la demande évènementielle, pour des évènements à impact positif, reconnus pour leur utilité sociale. Une ambition qui demande de renforcer son ancrage territorial afin d’atteindre une représentativité forte et peser au niveau inter-régional voir national, se positionner comme un carrefour multi-filières pour favoriser les échanges dans le secteur et accentuer le dialogue et la coopération avec les commanditaires.
Babel 44 est un organisme de formation spécialisé dans l’enseignement du FLE (Français Langue Etrangère). Chaque année, 1500 personnes sont en attente d’un cours de français et l’offre actuelle sur la métropole nantaise ne permet pas de répondre à cette demande. On ne parle pas ici d’un confort mais d’une nécessité pour vivre dignement. Ne pas pouvoir apprendre le Français cela signifie ne pas trouver de travail, accéder difficilement au soin, maintenir des personnes en situation d’isolement et de dépendance.
L’association souhaite devenir une référence dans l’enseignement du FLE en partageant sa vision de l’accès aux cours : sans condition, sans délai et de qualité. Elle ambitionne de doubler le nombre de personnes formées en 2026 (de 300 à 600 bénéficiaires) en activant plusieurs leviers : développer de nouvelles offres à destination de nouveaux publics (comme les femmes enceintes ou les parents), devenir centre d’examen ou encore mener une étude de faisabilité pour ouvrir une antenne à Saint-Nazaire.
Gueules de Bois, atelier partagé dédié au travail du bois, fait plusieurs constats dans la filière : le gaspillage de la matière première est généralisé (exemples dans les chantiers de rénovation/démolition ou dans la surconsommation de meubles de faible qualité), les coûts d’installation élevés freinent les menuisier·es qui souhaitent se lancer, le manque de lieux partagés pour mutualiser des outils et pour créer. Il n’en fallait pas plus à l’association pour porter l’ambition de donner accès au plus grand nombre à un artisanat responsable.
Son plan d’actions ?
Massifier l’activité de sa filière de réemploi ReBois en multipliant par trois la collecte de bois (et atteindre 150 tonnes par an). Cela veut dire acculturer les producteur.rices de déchets et en améliorer le tri, la préparation et le stockage. Puis optimiser la réutilisation, en augmentant la fabrication de mobiliers avec ce bois ou en revendant la matière à des artisan·es.
Développer le nouvel atelier ouvert à Saint-Aignan-de-Grand lieu (en plus de l’atelier historique sur l’Ile de Nantes) et repenser le fonctionnement des ateliers. Et pouvoir ainsi accueillir de nouvelles personnes dans l’atelier nantais, dans une logique transmission et de partage des savoir-faire.
Mener plus de chantiers participatifs (grâce à des commandes de collectivité ou d’entreprises ayant un besoin en mobilier) qui réunissent les bénévoles autour d’un projet de menuiserie, un moyen de retrouver confiance en ses capacités manuelles.
Karoll Petit
Des initiatives qui inspirent et qui donnent de l’élan
A la suite de ces présentations, Thimothé Duverger s’est prêté à l’exercice de la conclusion : « Ce que je retiens de ces présentations, c’est le dynamisme dont fait preuve la métropole nantaise – souvent citée en modèle, mais aussi les activités qui sont diverses : on retrouve bien sûr l’action sociale, la mission historique de l’ESS, avec les nouvelles thématiques comme la lutte contre l’isolement et la régénération du lien social. On trouve aussi les logiques d’économie circulaire – l’ESS se révèle très adaptée pour répondre aux enjeux de transition écologique, et des ponts entre ESS et RSE qui amènent des convergences nouvelles : pour traiter la RSE, il faut le faire à travers l’ESS. »
Des ponts avec l’économie classique qui deviennent des nouvelles voies de financement de l’ESS. Dans un contexte d’austérité, la consolidation des modèles économiques de l’ESS peut passer par des alliances avec le secteur privé, autour de la RSE. « L’ESS peut beaucoup apporter à la transformation de l’économie classique mais pas en se laissant instrumentaliser par des acteurs comme Stérin dans le social. N’oublions pas que l’ESS répond à des besoins, des lors elle doit rencontrer des pouvoirs publics, continuer à les interpeller. » À méditer.
Karoll Petit
Des initiatives qui inspirent et qui donnent de l’élan
A la suite de ces présentations, Thimothé Duverger s’est prêté à l’exercice de la conclusion : « Ce que je retiens de ces présentations, c’est le dynamisme dont fait preuve la métropole nantaise – souvent citée en modèle, mais aussi les activités qui sont diverses : on retrouve bien sûr l’action sociale, la mission historique de l’ESS, avec les nouvelles thématiques comme la lutte contre l’isolement et la régénération du lien social. On trouve aussi les logiques d’économie circulaire – l’ESS se révèle très adaptée pour répondre aux enjeux de transition écologique, et des ponts entre ESS et RSE qui amènent des convergences nouvelles : pour traiter la RSE, il faut le faire à travers l’ESS. »
Des ponts avec l’économie classique qui deviennent des nouvelles voies de financement de l’ESS. Dans un contexte d’austérité, la consolidation des modèles économiques de l’ESS peut passer par des alliances avec le secteur privé, autour de la RSE. « L’ESS peut beaucoup apporter à la transformation de l’économie classique mais pas en se laissant instrumentaliser par des acteurs comme Stérin dans le social. N’oublions pas que l’ESS répond à des besoins, des lors elle doit rencontrer des pouvoirs publics, continuer à les interpeller. » À méditer.
TADA ! C'était aussi :
Puisqu’on ne peut pas tout raconter d’une soirée aussi dense, sachez que TADA* ! c’était aussi :
L’occasion de déambuler parmi les stands de projets passés par l’incubateur des Ecossolies :
- Menthe Poivrée, association qui accompagne des personnes fragilisées par une atteinte à leur intégrité psychique ou physique par des actions complémentaires en socio-esthétique et en socio-coiffure ;
- Promettre, association de promotion des métiers de la transition écologique ;
- REHAB, projet écologique et économique créant avec les salarié·es des jardins nourriciers syntropiques dans les entreprises ;
- Ma Parenthèse, lieu d’accueil et d’accompagnement pour les femmes atteintes d’un cancer ;
- Enzymethic, laboratoire pour une démocratisation des outils biotechnologiques ;
- Naonest, construction d’habitats préfabriqués en matériaux biosourcés pour répondre aux pénuries de logements abordables en Loire-Atlantique.
La présentation en avant-première des nouveaux visages de la communauté des porteur·ses de projets accompagnés par Les Ecossolies. Découvrez :
- La promo de l’incubateur 2026 ;
- La promo de l’accélérateur 2026.
*TADA ! Le Tour Annuel Des Accompagné.es
** Docteur en histoire, enseignant à Sciences Po Bordeaux, Timothée Duverger dirige plusieurs formations dédiées à l’ESS et à l’innovation sociale. Chercheur associé au centre Émile-Durkheim, codirecteur de l’Observatoire de l’expérimentation et de l’innovation locale de la Fondation Jean-Jaurès, président de l’Observatoire des Territoires zéro chômeur de longue durée et de l’Association des lecteurs d’Alternatives économiques, il apporte un regard éclairant sur les dynamiques actuelles et les enjeux d’institutionnalisation de l’ESS.