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NOMADIE, DES FEMMES DANS LE MOUVEMENT DU MONDE

Mots-clés: Citoyenneté, Culture, Entrepreneuriat social, Quartiers, Solidarité internationale

Vendredi 29 janvier 2010 de 09h30 à 12h30
Espace Cosmopolis
18 rue Scribe, Passage Graslin, 44000 Nantes

Dans le cadre de l’événement « Nomadie », Les Écossolies organisent un atelier à l’espace Cosmopolis : La diversité des cultures d’origines : un plus pour le développement des territoires ?

Au travers de témoignages, cette matinée est l’occasion de réfléchir ensemble et de montrer en quoi la culture d’origine peut être une ressource pour créer des entreprises sociales et des projets pas comme les autres.

Atelier proposé par Les Écossolies, avec le soutien de la Maison des Citoyens du Monde, du Centre Interculturel de Documentation et de l’association Tak-Après.


Restitution de l’atelier par Delphine Lethu (Collectif L’Écho et l’empreinte).

Rassemblant près de 70 personnes, l’événement a donné la parole à des femmes porteuses de projets qui font tourner le monde et bouger les choses.

Nomadie : vivre de sa culture

Ici et ailleurs, des femmes s’appuient sur leur culture d’origine ou leur double culture pour entreprendre. Nomadie met en lumière ces femmes qui transforment leur culture en véritable atout et bousculent les idées reçues.

Nomadie est un territoire sans frontières composé de femmes venant d’ici ou d’ailleurs. L’atelier, organisé par les Écossolies dans le cadre de l’événement Nomadie coordonné par l’espace Cosmopolis, a donné la parole à cinq porteuses de projets du territoire nantais. Ces femmes ont créé leur emploi ou une activité économique en se basant sur leur culture d’origine ou leur double culture.

Ces témoignages ont été complétés par le récit d’invitées venues du quartier du Blanc-Mesnil, du Maroc ou d’Italie. Toutes ces femmes partagent l’envie d’avoir une place dans la sphère économique. Fortes de leur culture, elles développent des projets ici et là-bas qui contribuent au dynamisme des territoires.

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Animé par Vanessa Durand de la MCM, l’atelier a rassemblé Béatrice Ogou et Josiane Durou de la boutique Abéhna, Marie-Hélène Nivollet de Tissé Métisse, Aïcha Tarek de l’association Regart’s, Mariam Sao de l’association Tak-Après et Omero Marongiu-Perria du CID. (de droite à gauche)

Trouver sa place dans le monde économique

Le concept de Nomadie est né en novembre 2005. Au lendemain des émeutes dans le quartier du Blanc-Mesnil en Seine-Saint-Denis, Joss Dray, photographe engagée, a mobilisé un collectif de femmes qui « s’est penché sur la notion du travail. Il était important de lutter contre l’exclusion et de trouver sa place dans l’espace économique. On a essayé de créer des petites structures économiques pour nous aider à vivre, à sortir de la précarité et nous faire perdurer afin d’avoir, en nous, une force pour repenser la place du travail, de l’argent, de la culture et des femmes dans la société ».

Pour Omero Marongiu-Perria, sociologue et directeur du CID, la culture est un moteur de la construction individuelle et du développement économique. Il définit la culture comme « le produit de nombreuses et de diverses interactions. La migration d’un pays à un autre ou d’une culture à une autre est une richesse dans le cadre de la création d’entreprises sociales et innovantes ». 

Des leviers de transformation entre ici et là-bas

Courageuses et débordantes d’énergie, ces femmes qui entreprennent brisent les frontières géographiques et surmontent les difficultés économiques ou administratives. Elles transforment leur richesse culturelle en activité économique. « Les femmes, que nous rencontrons dans les quartiers, développent des actions qui génèrent, ici et ailleurs, des activités économiques rentables et durables » témoigne Marie-Hélène Nivollet, déléguée générale de l’association Tissé Métisse qui lutte contre les discriminations et aide les femmes à trouver leur place.

Ces porteuses de projets sont des leviers de la transformation entre ici et là-bas. C’est le cas de Béatrice Ogou et Josiane Durou. Elles créent et vendent dans la boutique Abéhna des vêtements fabriqués en Côte d’Ivoire avec des tissus africains. La styliste, Béatrice Ogou, s’est appuyée sur sa culture pour prendre l’élan économique.

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Nomadie, un territoire sans frontières où les femmes entreprennent en s’appuyant sur leur culture d’origine ou leur double culture.

D’autres ressentent le besoin d’être en lien avec leur culture d’origine pour donner du sens à leur existence. Mariam Sao de l’association Tak-Après utilise son savoir-faire pour développer des projets concrets dans les pays du sud. Pour cette militante associative, « entreprendre, cela transcende la culture et le sexe » même si elle avoue ressentir « des difficultés à se faire entendre par les associations et les institutions présentes sur le territoire. C’est un combat de tous les jours d’être entendue au-delà de notre différence culturelle, de notre aspect physique, de notre couleur ou de notre sexe ». Enfin, d’autres femmes ont intégré ou pris de la distance avec leur communauté. 
« Au démarrage, je n’ai pas développé mon activité en prenant appui sur un réseau communautaire. Au fil du temps, j’ai compris l’importance d’intégrer un réseau pour être reconnue et identifiée sur le territoire » explique Aïcha Tarek fondatrice de l’association Regart’s dans le quartier de Bellevue à Nantes.

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La présidente d’une association marocaine pour le travail des femmes et l’éducation des jeunes filles a présenté le dispositif d’alphabétisation de l’enfant en lien avec le micro-crédit accordé pour le travail de la mère.

Ma culture, c’est moi !

Perçue comme une richesse, la culture peut alors se transformer en levier économique et donner naissance à des projets sociaux et solidaires. « Ces femmes développent avec leur culture et, au final, avec ce qu’elles sont et ce qu’elles connaissent » explique Andrée Terrien, directrice des Écossolies. Elle poursuit « les politiques publiques ont beaucoup à apprendre des rencontres avec les porteurs de projets d’ici et d’ailleurs. La magie du témoignage opère toujours, on ressort grandis avec l’impression de mieux comprendre le monde qui nous entoure. Si nous ne donnons pas la parole, nous perdons le lien avec le terrain. Il est important de rester connecté à la réalité ».


« Puiser la force dans sa culture »

Sociologue et directeur du CID, Omero Marongiu-Perria revient sur la notion de culture comme levier de la création économique sur le territoire nantais.

Quel est l’apport du CID dans l’événement Nomadie, et plus particulièrement, dans l’atelier sur le thème de la diversité des cultures d’origine ?

Nomadie présente une approche de la notion de culture. Au centre interculturel de documentation, nous travaillons sur les thèmes ayant un lien avec l’interculturalité et la lutte contre les discriminations. Nous évoluons sur le territoire de la métropole nantaise ainsi qu’au niveau régional. Notre culture est le produit de nombreuses et de diverses interactions créant au final sa richesse. La migration d’un pays à un autre ou d’une culture à une autre est bien entendu une richesse. Le but de cet atelier organisé par les Écossolies est de réfléchir et de montrer en quoi la culture en lien avec une histoire migratoire est une ressource dans le cadre de la création d’entreprises sociales et innovantes.

Existe-t-il un lien entre la création d’une entreprise et une discrimination ?

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Omero Marongiu-Perria a mené de nombreux travaux autour de l’Islam, l’interculturalité et les pratiques professionnelles.

Sur un territoire donné, des gens peuvent être amenés à développer un réseau communautaire en lien avec une discrimination. Pour autant, il n’existe pas de lien évident entre la création d’entreprise et une discrimination. Cela dépend de plusieurs facteurs que l’on trouve dans les données de la politique de la ville, du taux de chômage ou encore du type d’immigration. Plus positivement, le réseau communautaire doit aussi se concevoir comme un atout. Il permet de tisser un vaste réseau de sociabilité, une des conditions de réussite d’une activité économique. Les personnes ayant côtoyé des cultures différentes possèdent plusieurs lectures de la société.

Quel est le principal moteur pour entreprendre ?

Par la richesse des interactions qu’elles vivent, certaines personnes ont davantage de dispositions à développer un projet économique. Souvent, les activités originales naissent de la diversité culturelle, du voyage, d’une rencontre avec des gens ou d’un système de valeurs. Il n’y a pas de gène culturel de l’entrepreneuriat. La débrouillardise est liée à la volonté des personnes de développer une activité, un métier ou de construire son emploi. Elle peut aussi résulter du désir de créer ou de garder un lien avec une histoire migratoire familiale.

Quel est le lien entre le développement d’un projet économique en appui sur la culture d’origine et l’ESS ?

Le rapport entre un ici et un là-bas est intéressant à mettre en lien avec l’économie sociale et solidaire. Le là-bas permet parfois à des personnes issues de familles immigrées de se reconstruire ou de construire une identité. A certains moments de la vie, nous pouvons ressentir le besoin de puiser dans une sorte de boîte à outils afin de trouver les ressources nécessaires pour avancer.

La culture est le moteur de la construction de l’individu. Les difficultés sont communes aux projets et relèvent de considérations techniques. A la base, les personnes sont en situation précaire et on retrouve souvent un lien avec les discriminations, réelles ou supposées.
Certains individus font le choix de ne pas occulter leur culture, de vivre avec ou d’y puiser la force. A travers le business, le but est aussi de faire perdurer un lien ici et de développer une activité économique là-bas. Les personnes prennent appui sur un vécu et sur des spécificités culturelles pour tisser du lien.

Propos recueillis par Delphine Lethu, l’écho et l’empreinte.


Abehna : deux femmes, deux cultures, deux projets

Béatrice Ogou est couturière. Sa mère, Josiane Durou, croit en son talent. A Nantes, elles tiennent une boutique de prêt-à-porter et veulent créer une coopérative de couture en Côte d’Ivoire. Portraits croisés de deux femmes qui, ici et là-bas, font coexister deux cultures.

L’une est blanche, l’autre est métisse. D’origine française, Josiane Durou a vécu près de 20 ans en Côte d’Ivoire. Née en Afrique d’un père ivoirien, sa fille, Béatrice a passé les dix premières années de sa vie en Côte d’Ivoire. Depuis toute petite, Béatrice s’intéresse à la couture.
« J’ai toujours vu maman coudre. Elle se faisait des robes, et moi, j’imaginais des habits pour mes poupées ».

En 2002, Béatrice Ogou élève seule ses enfants et essaie de s’en sortir. « Un jour, j’ai décidé de prélever une petite somme sur mes prestations familiales pour acheter du tissu. Avec une copine couturière qui a le même métissage que moi, on a commencé par faire des trousses et des sacs à main. On est allées les vendre à Bouffay. C’était le système D. Petit à petit, j’ai confectionné des vêtements européens dans des tissus africains. J’ai acheté du matériel et des tissus. J’ai investi toutes mes économies dans la couture. Je n’avais plus le choix, je ne pouvais plus faire machine arrière ».

Ensemble, mère et fille rêvent d’ouvrir une boutique. Josiane Durou voyait sa fille peiner à la tâche. « La vente sur les marchés n’est pas facile car il faut toujours porter des charges. Béatrice a un don entre les mains. Je voulais qu’elle ait un lieu, ici, pour vendre ses vêtements et où les clients peuvent les essayer. Et puis, elle avait besoin d’avoir plus de temps pour coudre ».

Alors, Josiane prend les choses en main. Elle suit une formation à l’AFPA pour créateur et repreneur d’entreprise. Le soutien de BG Ouest, Nantes Initiatives et Fondes leur permet d’obtenir un prêt bancaire. Le rêve devient réalité ! Depuis février 2009, la boutique Abehna propose une collection de vêtements occidentaux coupés dans des tissus africains, colorés et bariolés. Comme leur créatrice, ces vêtements sont inspirés par deux cultures.

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Béatrice Ogou et Josiane Durou ont créé leur emploi et veulent apporter du travail aux couturiers de Tissalé en Côte d’Ivoire.

Les deux femmes veulent créer une coopérative de couture à Tissalé pour fournir du travail aux couturiers locaux. L’association Abehna a pour vocation de tisser des liens économiques entre la France et la Côte d’Ivoire. Béatrice Ogou ne peut pas produire seule tous les articles de la boutique. L’an dernier, la couturière a réalisé une partie de la collection avec des couturiers de Tissalé dans le gymnase municipal. « Là-bas, les couturiers ont des ateliers mais il n’existe pas de filières ou de structures les regroupant ».

Le projet de Josiane et de Béatrice consiste à produire là-bas et à vendre ici la production des couturiers sans ajouter d’intermédiaires. Béatrice espère y retourner rapidement, elle veut donner une suite à cette première collaboration. « Les couturiers bataillent tous les jours pour travailler et pour vivre. J’ai pris des contacts sur place, ils m’attendent. C’est un apaisement financier pour eux ».

Actuellement, Béatrice et Josiane récoltent des fonds pour partir créer la prochaine collection été. En attendant, les deux femmes ne sont pas à court d’idées, elles projettent prochainement d’organiser un défilé en partenariat avec une coiffeuse africaine.

Association Abehna :
Boutique Abehna, 7 bis rue des Hauts Pavés, Nantes.
Contact : Béatrice Ogou et Josiane Durou
Tél. 09 53 92 81 66
Blog : http://abehna.canalblog.com/

Extraits de l’intervention de Béatrice Ogou et Josiane Durou.

Présentation de la structure ABENA.
http://download.blogs.arte.tv/49988/101393_3_projet_abena.mp3
Comment ABENA agit ?
http://download.blogs.arte.tv/49988/101394_8_comment_se_debrouille_abe.mp3

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